Le telephone me reveille a 12h33. Je hurle qu'on deccroche ce satane telephone. J'ai une bar dans le crane et une grosse envie de degueuler. Sous mes dras, c'est un sona total. Je finis pas me redresser et fais de grands etirements en baillant. De dehors, on pourrait croire que je suis une sorte de spectre. Je passe en revu la piece. Partout sur ma table de nuit, il reste des trainees de coke, un peu eparpillees. Je me baisse et sniff tout d'un coup. Je repense a hier, a demain, a ce que je ferai aujourd'hui, a ce que je deviendrai. Rien.
Je ne me commandais plus. Ma vie ne dependait plus de moi mais des autres. J'etais devenu un pentin, quelque chose sans ame et sans coeur. Un etre froid et dur. Mechant et hautain. Tout le monde me detestait puisque je detestais tout le monde.
J'etais devenu le n'importe quoi de la vie, un dechet public, un debris. J'etais devenu une accro au prozac, aux amphetes, aux anti-depresseurs, aux anxiolytiques, aux euphorisants et autres conneries...Je m'enfermais dans ma chambre pendant des heurs, et je pleurais. Je pleurais beaucoup. Je pleurais sur mon sort, je pleurais sur les strass et les paillettes qui s'envolaient en nuage lorsque je me jetais sur mon lit beaucoup trop grand pour moi. Je m'enfondrais. Poussiere d'etoiles. Et je me mouchais dans mes robes Chanel et Pucci. Tout ce linge atrocement inutile que j'inondais de larmes et de bave.
Je vidais des paquets de clopes en deux heurs, je ne quittais plus mes lunettes de soleil, et ceci pour deux bonnes raisons :
La premiere est que je ne supportais plus etre harcelee d'autrographes ou que j'allais, ce qui ne changeait pas grand chose puisque meme avec des verres de dix centimetres de rayon on me reconnaissait.
La deuxieme est que j'en avais assez d'etre prise de vertiges lorsque j'appercevais dans un miroir mes yeux exhorbites et injectes de sang. Je prenais peur.
J'etais anorexique jusqu'a la moelle, camee jusqu'a la moelle aussi, schizophrene, heroinoman. J'etais folle, totalement folle. Je ne mangeais plus rien de peur de me voir refuser un contrat. Je me nourrissais exclusivement de Coca archi light et de cachettons. Cachettons que je gobais pas 5.
J'etais un cadavre en pleine putrefaction. Et je dehambulais du haut de mon metre 75 sur l'avenus Montaigne. La peau sur les os, et les cernes creusees. J'allais prendre un cafe au Faubourg-St-Honore et ensuite je me livrais a contre-coeur aux interviews debiles des journalistes idiots place Vendome. Interviews debiles qui ne duraient pas longtemps puisque mon temps de patience s'ecoulait en un rien de temps. J'avais tres vite fait de baffer le petit impertinent.
Lorsque finalement je m'effondrais sur mon King size apres 11heurs de baise toride, de danse fulgurante, de sachets de coke et un nombre incomptable de coupes de Champagne, ou alors lorsque j'observais le coucher de soleil de notre terrasse de Singapour, et que je faisais le vide dans ma tete, j'arrivais, parfois, a percevoir parmis les broussailles d'ivresse, d'hallucinations et d'evenements, un fragment de souvenir. Et j'essayais de toutes les forces qui me restaient, de rattraper ce souvenir. C'est alors qu'il m'apparaissait, flou et amochit, le souvenir d'un reve, le reve d'une adolescente de 18 ans. Un reve, qu'elle, jadis, avait eu. Un reve de strass et de pailletes, le reve de devenir un jour une mannequin.
Cette jeune fille avait finalement vue son reve se realiser, mais elle ne s'en etait jamais rendue-compte. C'est seulement la, quand elle soufflait sur ce souvenir pour enlever la poussiere de la vie qui s'y etait abandonnee , qu'elle se rendait compte que ce n'etais pas la vie qui l'avait fais devenir ce qu'elle etait , mais elle-meme.