Le tic tac d'une pendule vibrote dans mes oreilles depuis cinq minutes deja. Elle est posee devant moi entre canelle et vanille, aussi attractive qu' une prostituee qui fait bander tous ces connards. Je la fixe, je la transperce, je n'ai pas detourne les yeux une seul fois.
Resisterai-je? La question se pose pour la unieme fois de la journee.Calvaire incessant.
Petite brioche impecable. Sa chair doree et grasse, un petit peu de chantilly rose bonbon sur le sommet, et des confetis couleur pastelles rependus sur le dessus; son papier si parfaitement plie, laissant apparaitre seulement le quart de l'iceberg.
Ma gorge est un puit. Il doit y avoir des litres de salive a l'interieur.
J'imagine le gout si je la brisais entre mes dents. Les premieres miettes tomber dans le bas de ma bouche; les confetis qui se fondent, etalant leur sucre sur ma langue, puis mon palais se presser contre le tout. Si seulement j'etais autorisee...tout ceci se serait deja passe.
Deux voix dans ma tete, on dirait celle d'un ange et d'un demon comme dans les dessins animes que je regardais quand j' etais petite..il n y a pas si longtemps. L'une me dit de la manger, apres tout cette putin n'attend que ca, l'autre me rappelle toutes mes promesses, mes echecs et l'immence necessite de maigrir qui me possede depuis des siecles.
Bon, je la mange oui ou non?! Plus je la regarde, et plus l'envie de me jeter dessus, de l'engloutir et de sentir la graisse s' entasser par kilos entre mes os est pesante.
C'est un supplice, une torture, un tourment sans fin. Je vais tomber a la renverse, m'ecrouler sur le sol comme un veau a l'abattoir. Allez, allez mange-la qu'est-ce que t'attends merde?! Jete-elle donc un sort? Un movais reve, oui c'est surment ca. Detourne les yeux, allez detourne-les!!
Mais je ne les detourne pas, mon esprit est obsede sur la pensee de se decider a manger oui ou non cette petite brioche delicieuse.
Si je la mange, ce ne sera pas la premiere fois que je faiblierai.
"Craquer", mot emprunt de la plus atroces des culpablilites, ou l'esprit se retrouve a la merci du corps, et ce dernier une fois rassasie, on se sent terriblement faible.On s'en veut d'avoir cede a un besoin si vil, et basement naturel, animal, et on differencie encore un peu plus le corps de l'esprit en les mettant en concurrence pour qu' il finissent par se detester franchement l'un de l'autre.
Bonheur ephemere, tel est le nom que je donne a cette saloperie qu'est la bouffe.
Si un jour j'ai des gosses, je me suis promis que je ne les nourrirai pas. Je veux a tout prix leur faire eviter ce supplice. Putin mais qu'est ce que je donnerai pas pour une dose, au moins l'acide ca dure plus longtemps, et on ne pense pas a manger.
C'est un poid de 2 kilos me tombe a present dans la gorge, et puis des picotements au bord des yeux. Les larmes y sont, et coulent lentement sur les joues. Je suis ecoeurant, degoutante, horrible . tout.
Si je ne la mange pas, j'aurai gagne une victoire, je me sentirai plus forte. Mais putin non!! j'en veux de cette foutue brioche merde! Pourquoi, mais pourquoi est-ce que j'en ai si envie bordel? Je me suis empifree toute la journee! J'ai goute au gateau de maman ce matin, j'ai pris ce cookie degeulasse a 10h00 et j'ai succomber aux frites a la cantine!! Qu'elle merde putin! Jamais, jamais je ne connaitrai ce merveilleu sentiment de satiete...
7 minutes que je suis la a mater cette petite brioche posee a 3 metres de moi . J'ai l'impression que cette coquine devient de plus en plus grosse et tentante.
Mes mains sont entrain de se faire massacrer par mes ongles qui se pressent contre elles a l interieur de mes pomes. Il y aura bientot des trous et sa saignera. Mais je ne peux pas m'arreter, il parait que lorsque l'on veut resister a quelque chose, il faut se faire mal.
Grosse vache, grosse vache, GROSSE VACHE. Ces deux mots vont et viennent dans ma tete tel un poing tambourinant une porte. Je tremble, je veux hurler, prendre cette traitresse et de la balancer dans la poubelle, mais maman me gronderai apres. Elle ne veut pas que l'on gache la nourriture ainsi.
Enfin je reussis a baisser les yeux. J'enfonce ma tete entre mes mains, et cesse de respirer . Car meme dans l'air, il y a des calories, et dieu sait combien de calories cette malicieuse doit secretement contenir.
"Je suis grosse, laide, ecoeurant, degoutante, horrible . tout. Je suis grosse, laide, ecoeurant, degoutante, horrible tout. Je suis gross..."
C'est dure d'etre obligee de s'infliger de telles tortures. On n'avait cas pas etre aussi mechante. Tout est de notre faute. En attendant elle, elle est toujours la; a nous guetter de son piedestal. Je la hais, je la hais. J'ai envie de mourir la maintenant, tout de suite, pour ne jamais avoir a me decider si oui ou non je la mangerai.